<![CDATA[Mon premier contact avec le féminisme date d'il y a assez longtemps, je n'arrive pas exactement à dire quand, mais bon, j'étais pas très grande. Ma maman, qui a toujours refusé de prendre le nom de famille de son époux - de mon papa -, oui, je veux garder mon nom, même si je l'aime, oui, même si on est un couple heureux, oui, même si on a des enfants ensemble, avait accroché sur le frigo un petit entrefilet découpé dans le Femme Actuelle, qui titrait « je veux garder mon nom ! ». Il y avait ce point d'exclamation, qui laissait bien entendre que c'était quelque chose qui dérangeait, que l'on ne faisait pas si l'on était dans la norme, bien que l'article précise que oui, c'est légal et que non, rien n'oblige une femme à perdre son nom lorsqu'elle se marie. <a href="https://content.les-parentheses.com/2018/03/14/feministe/#more-2628" class="more-link">Continue reading « Féministe. »
Mois : mars 2018
#3
<![CDATA[<span style="font-weight: 400;">Il riait quand elle lui a proposé de l’épouser. Ils étaient dehors, sur une petite place pleine de bars, bondée de gens, comme un samedi soir en plein été. Il a ri et l’a embrassée encore en soufflant qu’il fallait faire les choses correctement. En entendant ces mots elle s’était, oh, à peine, éloignée, elle savait très bien que ça voulait dire que c’était sans doute la dernière fois qu’ils allaient se tenir l’un contre l’autre, la dernière fois qu’il passerait la main dans ses cheveux, la dernière fois qu’elle glisserait ses doigts entre ses boucles brunes - il avait les cheveux longs, elle adorait ça. Quelques heures plus tard, sur ce parking vide au néon de pharmacie écrit en Comic Sans au bord d’une route déserte à 3 heures du matin, alors que les adieux étaient un peu trop difficiles à formuler, ils avaient sans doute l’air de gens heureux. Il a appelé un taxi, « tu vas rater ton avion ». Il l’avait enlacée, il l’avait embrassée, elle avait enfoui sa tête dans son cou et bien sûr, elle lui avait soufflé de partir, lui aussi. Plus tard, le chauffeur de taxi lui avait dit qu’il avait juste vu deux amoureux sur le bord de la route, j’pensais pas que c’était vous, vous aviez pas l’air de personnes qui voulaient partir de là. Elle n’avait pas voulu lui dire qu’ils n’étaient pas vraiment amoureux, enfin, si, mais c’était compliqué. Elle aimait bien l’idée d’avoir été simplement amoureux, même pendant 30 secondes, même si c’était juste dans l’esprit d’un inconnu. « Il vous raccompagne pas ? » lui avait demandé tout doucement le chauffeur, d’une voix qui donnait envie de se laisser aller à la confidence. Elle lui avait répondu que non, qu’elle avait un avion dans deux heures et qu’il avait pas voulu l’épouser et que bon, vous savez, c’est compliqué. Il avait demandé où elle allait, elle lui avait dit « je vais à Montréal », puis en se reprenant, « je rentre à Montréal. C’est là que j’habite », précisa-t-elle. Après 5 secondes, il lui avait glissé que ça doit pas être facile, d’être loin de celui qu’on aime. Elle avait dit non, et elle lui avait laissé un gros pourboire. Elle est montée dans l’avion en pleurant, ce n’est que dans les films finalement, que les histoires compliquées rendent heureux. Ils ne se sont plus jamais revus. Ni sur une petite place bondée un samedi soir, ni sur un parking désert en pleine nuit, ni ailleurs.]]>