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j’ai peur du noir, sans doute un petit peu à cause de mon cambriolage et puis j’ai peur de la maladie, sans doute parce qu’elle m’a déjà volé des années. J’ai peur de ces années perdues et j’ai peur de ne jamais pouvoir les rattraper. J’ai peur de ne jamais dire je t’aime, et puis j’ai peur de trop le dire, mal, trop fort, pas assez, trop bas, trop maladroit. De travers ou trop droit. J’ai peur de rater et puis j’ai peur de réussir. J’ai peur de mes choix, j’ai peur d’en avoir toujours un peu trop peur, j’ai peur aussi que mes sourcils ne repoussent jamais comme il faut, depuis que je les ai fait épiler - un peu trop - alors que j’avais vingt ans, et en même temps j’ai peur de ne plus jamais revoir ces vingt ans quand je me regarde dans un miroir en me lamentant à propos de mes sourcils. J’aime bien, je crois, me rappeler cette erreur, après tout, c’était une erreur que j’avais décidée - et assumée, au moins pour les premiers mois. Qui aurait pu prévoir que les sourcils trop fins seraient passés de mode, quelques années plus tard. J’ai peur de perdre ceux que j’aime, évidemment, j’ai peur de ne pas les avoir assez vus et puis pourtant, j’ai peur, parfois, de dire tiens, et si on se voyait, ça fait longtemps qu’on ne l’a pas fait. J’ai peur qu’on m’oublie, alors parfois, je fais semblant d’avoir oublié en premier.]]>

Dans la grande maison de pierre.

Sur la table du petit déjeuner il y avait toujours une boite en fer dans laquelle on laissait les paquets ouverts de biscottes. Il y en avait souvent deux entamés en même temps et c’était utile pour toujours avoir la certitude de tomber sur une biscotte pas cassée. Il fallait alors espérer que le beurre ne soit pas trop dur, pour qu’il ne brise pas la biscotte en l’étalant dessus et la mince couche servait alors de lit pour les garnitures. Chocolat en poudre, miel, confitures, parfois tout ça à la fois. Il n’y avait que là-bas que je mangeais des biscottes. À la maison, on n’achetait jamais cela - en Espagne, on mangeait du pain de mie qui s’appelait Semilla de oro, je crois qu’il n’y avait pas vraiment de biscottes en Espagne, et plus tard, en grandissant, les biscottes sont restées réservées à ces moments, là bas. Continue reading « Dans la grande maison de pierre. »

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