L’immigrée.

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Non parce qu’en vrai, on fanfaronne, on rigole et tout ça, mais il y a certains moments comme ça où ta situation d’immigrée te saute en plein visage. On se rend un petit mieux compte de ce mot, de ce que ça veut dire, en fait tu sais, tu es dans un pays qui n’est pas le tien et qui ne t’attendait pas particulièrement.

Quand j’ai débarqué avec mon PVT, je pensais pas vraiment rester. Pour moi c’était juste une année parenthèse (j’aime tellement les parenthèses que je veux en mettre dans la vraie vie, oui je sais), c’était un truc à part qui allait juste me redonner assez d’énergie pour continuer ma vie comme elle était à ce moment : pleine de projets, pleine de Candide et pleine de runs le matin sur le bord des plages d’Anglet, avec le petit truc que j’aurais chopé à l’étranger.

Sauf que, vous l’avez tous compris, Montréal, c’est pas évident de pas l’aimer. On en tombe amoureuse assez vite, on l’a un peu dans la peau et on se rend compte très tôt que finalement, les plans qu’on avait pour le futur, ils se feront peut-être plutôt ici et tant pis si ça remet tout le reste en question.

Et puis après, on oublie qu’on est qu’une immigrée, qu’on a des papiers temporaires, qu’on va devoir prouver au bout de cette échéance qu’on veut rester très fort. Il a d’abord fallu essuyer quelques refus, et ça fait peur, parce qu’on se sent tout vulnérable, prêt à crier partout ne me laissez pas partir, je veux rester encore un peu. On réfléchit, on regarde les options qui s’offrent à nous, on regarde quand même en secret les billets d’avion pour rentrer, parce que si jamais ça marche pas.

Après, on écrit sa lettre de motivation. C’est dur, d’écrire une lettre de motivation pour dire pourquoi on veut rester quelque part, je suis forte pour les lettres de motivation quand il faut travailler quelque part, parce que j’ai toujours le droit de dire des trucs un peu décalés, parce que je pars du principe que si la personne en face de moi n’aime pas les trucs un peu décalés, alors j’aurais pas trop envie de bosser avec elle. Mais là, il faut mettre de côté un peu tout ça, parce qu’on parle à des gens qui ont pas forcément envie de savoir que ma passion dans la vie, ce sont les ficelles à la tomate et que je suis pas encore assez forte en slack line pour quitter le pays. Non non. Alors, on essaie d’être un peu plus conventionnelle, on fait relire, ça va pas, il faut changer, on refait relire, deux, trois, quatre fois. À la fin on finit par dire que c’est bon là, puis on va manger des ficelles à la tomate en buvant du vin pour oublier que l’échéance est un peu trop proche pour qu’on soit vraiment rassurée. Alors on se dit qu’il faut en profiter et qu’il faut agripper tout ce qu’on peut, au cas où, si jamais, tu sais, peut-être que je vais partir.

Et puis quelques jours après, on reçoit une lettre. Quelques mots, acceptation conditionnelle. Ça veut dire que normalement, le Canada a bien compris qu’on voulait profiter des barbecues cet été, d’Osheaga aussi (JE VOUDRAIS BIEN QU’ON M’Y INVITE MERCI BISOU), qu’on a encore trop de parcs à découvrir, trop de bières à boire et un travail chouette à investir.
Alors on est tout fébrile, on passe par toutes les étapes, on râle quand les fichiers se chargent pas bien, quand il faut s’y reprendre à vingt, trente, quarante fois pour accéder à la bonne page, puis on envoie tout et on croise encore un peu les doigts, parce que le champagne, c’est un peu plus tard qu’on le sortira, quand ce sera fait, quand on aura passé la frontière et qu’on nous aura dit allez c’est bon Camille, tu peux rester, on voulait pas te voir partir, tu as trop de blagues drôles à nous raconter.

Et en attendant, on se ronge les ongles très fort en faisant semblant de pas y penser.

Et puis il y a un jour où on reçoit ce petit mail, avec dedans un papier où il est écrit Lettre d’Introduction. C’est un truc qui vous parle peut-être pas, mais ça veut dire que c’est bon. Alors on boit du vin pour fêter ça, même s’il n’est que 17h, on saute à pieds joints dans la piscine, on fait une danse de la célébration sur les One Direction et puis de temps en temps, on s’arrête, on regarde les copains et comme ça, sans vraiment pouvoir s’en empêcher, on sourit très fort. Et on se dit que vraiment, on n’aurait pas pu les quitter tout de suite.

Camille Villard

31 Commentaires

  1. J’ai souri très fort, j’ai pleuré un peu aussi hier. Allez viens, on va à la plage et on oublie tout (MAIS JE VEUX BIEN ME FAIRE INVITER À OSHEAGA AUSSI, BISOUS)

    • Bon alors on va mettre au point une stratégie pour Osheaga. Laisse moi reflechir encore un peu.

  2. Je suis tellement heureuse pour toi ! Et comme cet article me donne envie de retourner là-bas. Pas pour y vivre (sûrement) enfin peut être un jour, on ne sait jamais où la vie nous amène mais ne serait-ce qu’un mois, quelques semaines dans ce pays un peu à part où les gens sont… gentils. Tout simplement. Il fait si bon vivre à Montréal.
    Je suis vraiment heureuse pour toi. Je te souhaite plein de soleil, et pleins d’été encore après celui-ci <3
    Bises

    • Il fait bon vivre à Montréal, c’est exactement ça ! Et puis la prochaine fois que tu viendras, je te ferai découvrir mes pépites !

  3. Superbe article. Mon meilleur ami a quitté la France pour Montréal il y a à peine un mois de ça, il y est pour 5 ans (parce qu’il a un job et n’est pas en PVT). J’ai toujours un petit espoir qu’il revienne un jour au bercail, mais quand je lis ça, je me dis qu’il ne pourra qu’être heureux là bas ! Et quant à moi, j’ai hâte de partir le voir en août !!! :)
    Je suis ravie pour toi, j’espère que l’aventure sera encore longue, cette ville a l’air génial !!
    A bientôt !!
    Julia

    • Il va être heureux ici, ça oui ! Puis toi, quand tu viendras, tu auras probablement envie de tout lâcher pour rester, tu verras !

  4. Je suis contente pour toi hein, MAIS TU OUBLIES QUE TA SOEUR ELLE EST TOUJOURS EN FRANCE !
    Et que j’attendais un peu cet été, pour repartir à vélo (oh wait) à la salle de sport et voir je-ne-sais-plus-comment-il-s’appelle, pour faire raler Maman parce qu’on range pas nos affaires ou qu’on mange pas en même temps. Pour faire rire Papa avec nos blagues pourries de soeurs débiles.
    Alors j’espère quand même qu’un jour tu reviendras, parce que c’est loin quand même le Canada et que tu me manques beaucoup plus que ce que je ne dis
    coeur avec les mains, les pieds et le coeur

    • Mais je t’aime très très fort et c’est ça qui compte, hein ? Puis tu vas venir me voir et on fera des blagues nulle à Papa par Skype. Tu me manques rudement aussi, coeur.

  5. Des frissons encore tiens.. Nous non plus on était pas prêtes à ce que tu nous quitte !
    Direction le sable, les vagues et les surfeurs, ça va être bien (et je viens à Osheaga avec vous hein !).

  6. Super article qui nous a tous concerné iciite.
    On s’y retrouve tellement, surtout quand tu percutes que dans pile 1 mois ton visa se termine (et que bien entendu, tu as pas encore reçu le nouveau heiin sinon c’est pas marrant).
    Vraiment content pour toi. ^^
    Bisous

  7. C’est beau Camille, c’est beau parce qu’il y a beaucoup de force dans ce que tu dis, dans ce que tu as décidé. Le commentaire de ta minisoeur me touche aussi beaucoup parce que ta décision est loin d’être évidente. Bel été à toi.

    • Ma décision est pas facile parce que oui, je décide de rester encore un peu plus longtemps loin de ma famille, mais je sais qu’ils savent tous qu’on tous grandi avec l’idée de partir une fois qu’on était diplômés. Je crois que nos parents nous ont inculqué très vite cette indépendance nécessaire pour grandir. Et même s’ils me manquent souvent… Bon et bien je suis bien ici !

  8. J’arrive en PVT sur Montréal an Aout… J’ai eu la chance d’y aller plusieurs fois déjà et je voudrais vraiment y rester.Ton article me fait peur et le donne plein de courage à la fois =)
    Merci! Pis peut être à bientôt ^^ =)

  9. Félicitation !!!
    Mille bravo et…ça continue encore et encore c’est que le début d’accord d’accord
    :)

  10. Moi, plus ça va plus le Canada m’intrigue parce que vous voulez tous y vivre ou y retourner au moins une fois !!!! Donc il doit y avoir quelque chose d’assez fou dans ce pays, est- ce seulement la vraie gentillesse des gens ?
    Ou quoi d’autres ? J’aimerais bien savoir car je ne suis pas prête de venir vous voir et ça m’intrigue vraiment !!
    Mais j’ai de plus en plus l’impression que le Canada faut le vivre pour comprendre ce que c’est ! (sinon j’ai un oncle et une tante au Canada et ma cousine chérie est partie vivre en Australie, donc l’Australie aussi ça doit être pas mal !)
    Enfin, si tu as quelques pistes d’explications à me donner, je suis totalement preneuse.
    Bises et bravo pour ton nouveau visa :-)

    • En fait il y a une véritable douceur de vivre. C’est vraiment dur à décrire, mais les gens sont gentils d’une part, mais il y a un truc dans Montréal (je ne parle que pour Montréal, je ne connais pas encore assez le reste du Québec - et du Canada pour parler en général !) qui fait qu’on se sent bien et que tout semble possible. Ou qu’en tous cas, on nous offre la chance d’essayer. Et puis à côté de ça, il y a beaucoup d’espace et ça c’était quelque chose qui me manquait beaucoup, il y a des parcs partout et il y a une vraie culture du « dès qu’il fait beau, on sort ».
      Après, il y a des trucs plus compliqués à gerer, tout n’est pas parfait ici non plus, mais pour le moment, les aspects positifs compensent largement le négatif !

  11. Pingback: Brèves #01 | KISS AND FLY AWAYKISS AND FLY AWAY
  12. Bonjour Camille, plus je te lis plus j’aime ton blog. J’espère que l’aventure canadienne pourra durer autant d’années que tu le souhaites, et qui sait ? Un jour je serai peut-être dans les parages

    J’en profite pour te dire que je me suis permise de mettre ton article en lien sur mon blog dans mon dernier article tellement il m’a plu. Bonne continuation et au plaisir de te lire !

    Pauline

  13. Et je souris très fort devant mon ordinateur, arrivant à la fin de cet article. Je suis très heureuse pour toi Camille. Cette expérience a l’air d’etre belle belle belle, remplie d’amis en or et de pleins de choses encore à découvrir, et je ne doute pas que cette année supplémentaire, sera encore plus belle (si c’est possible). C’est en tout cas une belle déclaration à Montréal et à ces gens qui rendent cette ville si précieuse. Des bisous jolie Camille <3

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