Vingt sept.

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Tu sais, c’est bientôt mon anniversaire, ma fête comme on dit ici au Québec. Je l’écris ici parce que comme j’embête très fort tout mon entourage proche depuis un mois, je me dis qu’il faut aussi que j’embête mon entourage virtuel. C’est dans quatre jours, dimanche prochain. Et je me ronge beaucoup les ongles en y pensant.

J’ai un petit peur, parce que quand je regarde au dessus de mon épaule les 365 derniers jours qui viennent de se passer, je sais pas trop ce qu’il peut arriver de plus grand.

Mes 26 ans, je les ai aimés en bloc. Depuis le premier jour, à minuit, à Port d’Albret. Cet endroit qui a compté un peu trop pour moi en si peu de temps, pour un milliard de raisons, avec quelques bougies plantées à la hâte par Malvina sur un paquet de petit-beurres et une miche aux céréales, pendant que les autres copains du surf s’affairaient dans la chambre du petit bungalow, au fond, comme chaque fois, à gonfler vingt six ballons que j’allais retrouver quelques heures plus tard, beaucoup trop saoule et bien trop heureuse pour ne pas vouloir m’extasier devant eux, alors que Malvina essayait péniblement de se démaquiller sans faire de bruit (on avait une troisième coloc)(et on se démaquille toujours avant de se coucher) et que j’essayais de lui raconter mes dernières trois heures délicieuses passées sur un nuage. Cette soirée qui avait commencé en bustier turquoise au mojito et qui avait finit au petit matin, le bustier un peu de travers et un sweat de garçon balancé sur les épaules à la hâte en quittant sa chambre sans faire trop de bruit, comme une journée qui annonçait les chouettes promesses de cette nouvelle année.

Et puis après, il y a eu ce mois totalement fou, trop court et tellement intense, rempli de journées de travail et de soirées autour de seaux de cocktails (j’ai pas mal bu, pendant mes 26 ans), de runnings sur le bord de la plage et de shootings pour Candide.
Et puis ces deux valises bouclées avec ce qu’il nous faut de souvenirs et d’essentiel pour recommencer sa vie (c’est à dire des Bensimon et des feutres noirs), quelques heures de vol et un passeport tamponné plus tard, cette nouvelle chambre, cette nouvelle clé, cette nouvelle carte de métro. Ces billets en plastique qui ressemblent à des faux. Ce groupe d’amis un peu chaotique au début, on sait pas trop, et puis finalement, ces personnes dont on ne pourrait plus vraiment se passer maintenant.

Ces moments de doute aussi, parce que tu sais, vingt six ans, c’est plus vraiment le temps pour être une gamine, pis tu sais, tes choix, maintenant, tu dois les assumer, parfois ça fait mal aux gens et parfois ça te fait mal à toi. On se dit souvent que c’était bien, à l’école, tu choisis entre la corde à sauter et la marelle, entre le croissant ou la tartine, entre le poisson pané ou les pâtes-bolo, pis ça affecte ta journée, le résumé que tu vas faire à tes parents le soir, mais tu t’endormiras quand même pareil, parce qu’au final, si les bolo étaient pas bonnes, bah tu choisiras le poisson demain.

Sauf que dans une semaine, j’ai vingt sept ans, et à vingt sept ans, on choisit plus entre le poisson et les pâtes, c’est plus compliqué, ça fait pleurer ou ça fait rire, mais ça fait toujours dormir différemment, à la fin de la journée.

Je crois que s’il y a quelque chose que j’ai appris cette année, c’est ça : maintenant mes choix, ils veulent dire quelque chose. J’ai choisi mon travail et je l’aime profondément, mais j’ai aussi choisi de quitter ma famille (et ceux qui me connaissent savent que mon-papa-ma-maman-mon-frère-ma-soeur sont les personnes les plus parfaites de l’univers), mes amis et mes repères. J’ai mis volontairement un océan entre nous et si parfois je mesure pas vraiment la portée et la violence de ce choix, parfois il revient comme une claque qu’on reçoit alors qu’on pensait juste faire une blague.
Évidemment, il y a encore des choix un peu plus rigolos à faire, quel rouge à lèvres je mets pour sortir, quelle paire de Vans je vais acheter, est-ce que je mange des noix de cajou ou des pistaches.

Au début, je voulais faire une wish list, tu sais c’est drôlement bien, les wish list, pour ceux qui savent pas quoi t’offrir. Mais en fait, en reflechissant bien, j’ai besoin de pas grand chose qui s’achète, à part peut-être de nouveaux feutres pour mon poster géant à colorier et peut-être de quelques bocaux pour mettre la farine à l’abri des mites de la cuisine. Je crois plutôt que ce dont j’ai envie, là, maintenant, c’est d’avoir encore des années comme celle que je viens de vivre.

De ces années qui font grandir, mais vraiment, dans la tête, pas juste en soufflant une bougie de plus et en regardant un tout petit peu au coin de l’oeil que regarde, mince, il y a une ride qu’il n’y avait pas hier. Des années avec des trucs qui font pleurer, qui font rire, qui font douter, qui font aimer, qui font voyager, qui font hurler de rage et crier de douleur, mais qui font aussi danser de joie et frémir de plaisir.

Des années qui font que dans un an, deux ans, dix ans, on pourra dire que c’était le meilleur âge à vivre.

Camille Villard

8 Commentaires

  1. Ça me fait super plaisir pour toi de lire que tu as vécu une si belle année et je te souhaite d’en vivre encore de nombreuses aussi belles <3

  2. Comme toujours, un billet tout choupi qui me donne trop envie d’avoir plus de temps et de te voir pour papoter de tout ça et savoir ce que tu as fait ces dernières années (parce que ça a l’air trop choupi-mignon-qui-fait-briller-les-yeux) ! Plein de bisous d’avant-fête, alors !

  3. Superbe billet, je m’y retrouve complètement :-) Mais je crois (j’espère?) que petit à petit, ces choix, ils deviennent un peu plus évidents, un peu moins casse gueule, un peu moins claque-dans-ta-gueule et un peu plus sourire-sur-les-visages-des-copians… Mais tu vas voir, 27 ans, c’est super aussi :-)

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