Ose.

comfort zoneJ’ai pendant très très très très longtemps été victime de ce syndrome super chiant de l’imposture. Ce truc qui fait qu’on se sent pas du tout légitime dans ce qu’on fait, jamais, nulle part, qu’on a l’impression qu’à tout moment les autres autour vont se rendre compte qu’on aurait rien à faire ici et que tout le monde va vous mettre sur un tabouret, en pleine place publique et va vous lancer des morceaux de betteraves marinées avec des clous rouillés pour vous punir en vous découpant des morceaux de coton juste devant les oreilles (les pires choses de la vie, si vous voulez mon avis)(et encore, je suis sympa parce que j’aurais pu rajouter à cette punition une ronde de gens qui traînent des pieds).

Quand j’ai été diplômée, je pensais très naïvement que, comme j’avais un bout de papier qui voulait dire que j’avais fini mes études, ça allait être réglé. Sauf que la vie a fait que pas du tout, que j’ai pas du tout aimé le projet que j’ai rendu à mon diplôme, que mes notes n’étaient pas pour moi synonyme de tu es faite pour être ça (c’est-à-dire que j’ai pas eu de mention très bien quoi)(j’ai également un problème de perfectionnisme)(mais en revanche j’ai aussi des qualités, je fais de très bons pancakes et j’ai toujours des blagues drôles), enfin, tout ça a fait que même en étant architecte d’intérieur pour de vrai sur un papier, encadré dans le salon de mes parents (c’est faux)(mais je voulais rajouter un peu de lourdeur à mon paragraphe), je me sentais pas vraiment légitime.

Et puis, je me suis un tout petit peu assise pour réfléchir et je me suis rendu compte qu’en vrai de vrai, j’avais pas tant envie que ça d’être architecte d’intérieur, que je m’en étais déjà un peu rendu compte et que j’étais vraiment pas capable de tricher comme ça et de me lever tous les matins pour aller travailler dans un truc qui me ressemblait pas, même si effectivement, manipuler des échantillons de tissus, c’était un peu mon dada.

Je me posais donc plein de questions sur ce que j’allais faire quand je serai grande, parce que c’est très bien d’avoir plein d’idées et de vouloir faire un milliard de choses, à un moment, il fallait quand même arrêter de faire des projets et il fallait s’atteler à produire des trucs tangibles. Alors on fabriqué Candide.

On a fabriqué Candide et pour la première fois, je crois bien, je me suis sentie sincère dans le travail que je fournissais. J’aimais ça, je me sentais capable de prendre des vraies décisions, d’affirmer des parti-pris, d’expliquer mes choix et d’être bien avec ça. J’ai passé des heures et des heures à hésiter entre trois typos, pareilles pour n’importe quelle personne qui ne connait pas la différence entre les didones et les mécanes, mais qui changeait beaucoup trop pour que le choix soit fait sans réfléchir. J’ai passé beaucoup de temps à ouvrir des livres, juste pour regarder les marges, les blancs, l’organisation de la lecture, les reliures et tout ce qui participe au beau d’un ouvrage. Je me suis un peu fabriqué mes références, appris à reconnaître, à griffonner, à laisser passer des idées et à sélectionner celles qui étaient le plus en accord avec ce qu’on voulait montrer.
J’ai adoré ce travail de création, de réflexion et je me suis dit qu’en fait, je voulais faire ça toute ma vie. Faire des jolies choses, travailler avec les mots, la spatialité, les pleins, les vides, les blancs, les noirs.

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Quand je suis arrivée à Montréal, j’ai pas vraiment cherché de travail dans ce domaine parce que je voulais essayer de démarrer une activité de free-lance, on voulait continuer à travailler Candide et je voulais pas vraiment avoir un chef au dessus de moi. J’ai toujours eu du mal avec l’autorité. Alors j’ai trouvé ce travail dans ma boulangerie-pâtisserie, un truc un peu chouette, qui faisait bien pour un PVT, une expérience finalement plus humaine avant tout. Ça fait un peu lettre de motivation de Jeune Pro, mais c’était vraiment ça (sauf qu’en plus, il y a avait des ficelles au pavot et des scones aux bleuets).

Et puis finalement, ce que je pensais être juste une job pour passer le temps et rencontrer des gens s’est peu à peu transformé en un truc vraiment plus important pour moi, humainement et professionnellement. J’aimais les valeurs de la marque, j’aimais leur manière de construire petit à petit une image, sans oser y aller très fort parfois, et je me suis investie un petit peu plus.
Et puis je sais pas trop, mais un jour je me suis dit qu’en fait, le travail que je voulais faire, il était devant mes yeux et que je n’avais qu’à le décider.

Voilà. Tout ça, ça a fait qu’aujourd’hui, je m’amuse et que je me lève tous les matins avec un truc dans le ventre qui me fait juste sourire et me dire que même si je suis fatiguée, même si j’ai un gros cul, même si j’ai des sourcils qui repoussent très mal et pas assez vite, même si j’ai des ongles rongés et laids, même si j’ai laissé toutes mes Bensimon à Biarritz et que je dois jongler avec uniquement 3 marinières au lieu des 24 que j’ai en France, ben je l’aime, ma vie.
Parce que je me suis fabriqué le travail dont je rêvais, que je jongle avec mes mots, les couleurs, mes mille idées, mon humour un peu nul parfois et mes crayons et que j’applique tout ça à un univers qui m’enchante et me fascine.

Je sais pas vraiment pourquoi je raconte ça, mais c’était juste pour dire qu’en fait, je crois que Montréal m’aura aussi permis de me rendre compte de ça : il suffit parfois juste de forcer un tout peu son destin pour que la vie soit remplie de paillettes, de licornes et de chocolat noir.

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(Les illustrations sont une petite partie du boulot que je fais. Voilà. On est d’accord que dessiner des cookies qui montent à la corde, ça fait un peu partie des choses chouettes de la vie.)

Camille Villard

33 Commentaires

  1. Oui ces illustrations sont très très cool. Et je trouve ça courageux après de longues études où tu t’es impliquée de prendre du recul et de tenter autre chose. Ca fait du bien de te lire et de savoir que tu es bien <3

  2. Très bel article, je crois que tout est dit. Il faut savoir s’ouvrir aux opportunités que nous offre la vie ! On se réinvente constamment de toute façon.

  3. Voilà voilà <3

    (ceci est le commentaire de la fille assise à 3 m de toi qui sais pas quoi dire mais qui trouve que vraiment c'est un joli post et que je comprends complètement)

  4. Cet article est magique. Je trouve ça tellement courageux d’avoir su accepter que non, ce que je veux faire n’est pas ce pour quoi j’ai étudié et travaillé si dur. J’ai une petite question un peu personnelle à laquelle tu peux ne pas répondre ou répondre par mail si c’est de l’ordre du trop personnel pour rester de façon permanente ici : te doutais-tu déjà durant tes études que ce métier n’était pas celui qui te donnerait envie de te lever le matin ? Et si oui : qu’est-ce qui t’a fait continuer ?

    Je trouve ça génial que cette expatriation t’ait donnée le coup de pouce pour aller dans la direction que tu voulais emprunter. Je te souhaite de t’eclater et de continuer sur cette voie. Vraiment quel courage de t’être écoutée, je suis extrêmement admirative. Et tu as tout gagné : tu es épanouie et heureuse de ce que tu fais au quotidien.

    Bises

    • Je me suis aperçue de ça pendant mes études, oui, dans les 2 dernières années. J’étais en alternance donc j’avais déjà un pied dans la vraie vie et même si l’agence dans laquelle j’étais était super chouette et que mes collègues étaient géniaux, je me rendais quand même bien compte que c’était pas du tout ce que je me voyais faire pendant les années qui suivaient… Une question de maturité aussi je pense, j’étais pas (et je le suis toujours pas) prête à assumer cette responsabilité humaine qu’il y a derrière l’archi.
      Sauf que j’avais déjà changé de voie pendant mes études et que j’avais pas envie de recommencer encore, je commençais à en avoir marre d’être étudiante. Du coup, comme je voyais un peu quand même ce que je voulais faire, je me suis dit que finir mon diplôme d’archi pouvait tout sauf me pénaliser puisque je voulais quand même bosser dans un univers artistique et créatif. Au final, je crois que ça m’a donné des super bonnes bases de reflexion et de mise en place de projets, même si on laisse de côté une dimension spatiale !
      Voilà. Je te cache pas que la remise en question a été plutôt compliquée, surtout au moment où il a fallu annoncer à mes parents que j’allais fabriquer un magazine parce que j’avais pas envie d’être architecte. Mais ils ont au final super bien réagi et même si je pense qu’ils ont eu un peu peur au début (je suis assez célèbre quand même pour avoir mille envie mais pour ne jamais vraiment finir les choses que je commence) ils nous ont finalement vraiment beaucoup soutenues, moralement et financièrement quand on a commencé Candide. Je sais qu’aujourd’hui ils sont très contents pour moi et qu’ils me soutiennent dans mon choix de rester un peu-beaucoup plus à Montréal pour faire tout ça.

      (C’était la réponse la plus longue du monde, pardon, mais merci à toi d’avoir posé la question, c’est toujours un plaisir de te lire, en commentaire ici ou sur ton blog à toi !)

  5. Bravo pour cette remise en question! J’ai également tout plaqué pour tout recommencer. J’ai quitté Paris pour l’Allemagne, je suis tellement fière d’avoir tout laissé derrière que maintenant j’ai la bougeotte et j’ai plein d’envies d’ailleurs! Prochaine destination: les USA
    Encore bravo et merci pour tous ces articles, j’adore te lire :)

  6. Je savais déjà un peu ça mais c’est encore plus chouette de te lire avec un grand sourire que l’on devine derrière.

  7. Merci pour ton article, il est chouette et donne un peu de sourire et d’espoir !
    Avec le cap des 30 ans je me pose pas mal de questions sur mon job, son utilité, mais quand tu as une situation plus ou moins établie et que tu gagnes pas mal ta vie c’est compliqué de tout redémarrer. Pourtant au plus profond de moi je sens que je vais devoir le faire, quitter Paris, reprendre contact avec le vert, les fleurs… Après il faut trouver où et comment et ça c’est une autre histoire ! En tout cas félicitations pour le courage que tu as eu et cette chouette opportunité !
    Des bises et joyeuse continuation !
    ps : j’espère qu’il y a des chefs aussi beaux que Gontran là bas…

    • C’est vrai que c’est compliqué une fois qu’on a une vie bien établie de tout lâcher… Mais en fait je me suis rendu compte que j’avais pas vraiment tant besoin de bien gagner ma vie pour faire plein de trucs, et je prefère maintenant aller un peu moins au resto ou acheter un peu moins d’habits qu’avant, mais m’éclater vraiment plus dans ce que je fais. Mais j’ai eu la chance aussi d’être tombée au bon moment et au bon endroit pour moi ! Bon courage en tous cas ! (Et globalement, oui, mes chefs à moi, pâtissiers et boulangers sont au moins aussi beaux que Gontran !)

  8. J’ai toujours été (et quelque part le suis toujours) victime du syndrome de l’imposture…ça s’étend même à mes relations personnelles (je ne sais pas si dans ce cas ça s’appelle encore « syndrome de l’imposture », d’être fausse…je pense que c’est à cause d’un manque de confiance en soi…bref, j’aime énormément cet article.

  9. Quel bel article, quelle belle leçon ! C’est une belle (oui, je me répète) philosophie de vie. L’important ce ne sont pas d’avoir les études ou le travail qui font bien sur le papier mais de faire quelque chose qui nous plaît, et comme tu le dis si bien, quelque chose pour quoi on a envie de se lever le matin. Et comme on dit avec cette phrase bateau mais qui prend tout son sens ici : « on a qu’une vie » :)

  10. Ton témoignage me parle beaucoup et je trouve ça super de voir qu’il existe des happy ends à ce genre de situation…

  11. Ah bah c’est malin ça m’a donné envie de liker la page Mamie Clafoutis, parce que des ptits cookies qui montent à la corde je kiffe
    PS : tu as eu bien raison d’oser !!

  12. Très chouette article! Félicitations pour avoir trouvé ta voie! Si on pouvait tous vivre comme ça, le monde serait plus détendu ^^
    Ha oui, et chez moi, le lien candide marche pô, c’est quoi candide?

    • Indeed, le lien était pas bon, c’est résolu ! Candide, c’est un magazine papier que j’ai lancé avec ma meilleure amie l’été dernier. En gros c’est un féminin, mais orienté surf/lifestyle. C’est très chouette (si, si) et on est très fières de nous. ^^

  13. Bonsoir
    Merci pour cet article ça me redonne de la joie :)
    J ai pour ma part un bac +5 en droit … trop peu sûre de moi j ai foiré tous mes entretiens et j me suis retrouvé a bosser dans un domaine qui n a rien a voir, pas intéressant du tout et mal payé
    Alors je cherche encore ma voie mais j ai presque 30 ans … J espère avoir vite le déclic avant que je ne craque … en attendant j ai découvert le tricot et c est un loisir qui me destresse … Pourvu que ça dure ça au moins
    Bonne continuation a vous et profitez de la vie car elle est toujours belle malgré tout

  14. Voici pour moi une découverte enrichissante de bon matin.
    Savoir pousser une porte, prendre sa vie entre ses mains,
    Sensible, vraie et bien écrit

  15. Bonjour
    super sympa tes dessins et bravo pour cette remise en question qui n’est certes pas facile mais qui fait avancer…..
    Changer de Voie pour les humains
    n’est, je le répète, pas évident,
    mais si on ose
    car c’est le premier pas qui coute ,
    si l’on fait dans la vie ce qui plait,
    Alors on progresse et on avance différement
    Une Fée

  16. Article très agréable à lire et qui donne envie de se bouger les fesses ! Je commence mon master et ca rassure de lire ça =)
    bonne journée !

  17. ça m’a mis du baume au coeur ton article, ça m’a donner encore plus envie de foncer et de croire en moi sans me laissé influencé par ce que veulent les autres de moi.

  18. Etant victime du syndrome de l’imposture aussi, ça fait du bien de lire ce genre d’articles, et de se dire qu’il est possible de se trouver quand même.

    Je te souhaite de continuer à faire ce que tu aimes !

    • Ben je pense que quand on est dans un boulot artistique, c’est tellement subjectif que forcément, ça aide pas. Je veux dire, dans les boulots plus « concrets » je pense que c’est plus facile de déterminer si on y arrive ou pas. Enfin je crois.

  19. Pile dans le thème de mon blog  » se reconnecter » pour changer de vie. Moi c’est un burn-out qui m’y contraint. Et j’adore ça, changer de vie.

  20. Joliment écrit, cet article me touche beaucoup, car je suis passée (et passe encore) par ce genre de questionnement. Après avoir décroché mon (beau et inutile) diplome de droit, je me suis sentie comme un imposteur qui aurait décroché ce papier au hasard. Je n’ai pour l’instant pas vraiment travaillé, je fais des choses variées, à droite, à gauche, en me demandant ce qui me plairait (vraiment) (enfin vraiment ce qui me plairait, c’est écrire) (mais j’ai cru comprendre qu’on est beaucoup à faire la queue en la matière :) ). En tout cas, cela fait du bien de voir que se remettre en question amène à du positif. Profite de cette vie qui te fait sourire (oui, même avec 3 marinières!).

  21. je découvre tout juste votre blog , bravo pour ce post, quel courage de se remettre en question à ce point ! après dix ans dans le même job et une vie de mère de famille bien établie, je me retrouve tous les jours, surtout en ce moment, face à ce genre de questionnements, mais je crois que je n’aurais jamais le courage de tout chambouler dans ma vie, même si j’en meure d’envie !
    Bonne continuation !
    Anne
    http://perlicotiperlicoton.blogspot.fr/

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