La Spartan Race.

spartan race1

En moins de six mois, j’aurais fait la Polar Race (5kilomètres de course d’obstacles dans la neige), un semi-marathon (21 kilomètres de course sans grand chose d’autre que ta foulée à regarder) et la Spartan Race (7,8 kilomètres d’obstacles dans la montagne, la boue, le feu et l’eau).
Je me suis jamais considérée comme une paresseuse sans ambition, mais je crois que je viens tout juste de réaliser l’ampleur de mon esprit de compétition.

Quand j’étais plus jeune (j’aime pas dire ça parce qu’à 18 ans, on est encore bien jeune), je dansais beaucoup et je ne vivais que pour ça, mais il me manquait la dimension de concours. C’est vraiment terrible à dire, mais je crois que j’ai ce besoin continu (et sans doute extrêmement pénible à vivre pour mon entourage) du toujours plus, toujours plus loin et vas y, essaie encore un peu encore.

Alors voilà, il y a un petit mois, il y avait la Spartan Race. La Spartan Race pour ceux qui connaissent pas trop le principe, c’est une course où le véritable but est d’aller un peu plus loin que ses propres limites. C’est à peu près la seule règle du jeu.

On y est allés en groupe, nous, avec les quelques fous de la job qui ont bien voulu me suivre dans mon petit délire (qui s’est transformé petit à petit en véritable excursion)(c’était vraiment chouette et je suis terriblement contente d’avoir autour de moi des gens très dingues qui font des trucs débiles avec moi)(est-ce que j’ai déjà précisé à quel point, Montréal, tu me fais du bien ?). On s’était pas vraiment entrainés avant (je veux dire, je vais toujours au spinning deux fois par semaine, à la boxe, au tabata et au yoga tout autant et je vais courir au moins 20 kilomètres par semaine MAIS À PART CA, je veux dire, je m’étais pas entraînée), mais quand même, deux jours avant le départ on s’est dit qu’on allait au moins essayer la technique pour monter à la corde.

Moi la corde, c’était vraiment l’obstacle qui me faisait très très peur (soulever des pneus de tracteur, je l’ai déjà fait dans la neige et courir 5 kilomètres avec des montées, je l’ai déjà fait plusieurs fois aussi), alors vraiment, moi c’était la corde. Puis j’avais mon défi personnel, je voulais battre V., alors je devais y arriver. Bon alors j’ai pas vraiment réussi à battre V. (croyez-moi que si je l’écris ici c’est bien parce que je sais qu’il va lire et que si je n’en parle pas, je risque d’en entendre parler encore longtemps)(et je préfère qu’on laisse la place aux moqueries plus futiles à propos de mes lunettes de soleil plutôt que sur mon incapacité à reconnaître quand je me fais battre)(mais quand même, on s’est pas vraiment battus à armes égales alors je ne dirais pas que j’ai perdu, mais tout simplement que j’ai pas forcément brillé).

Juste avant le départ, on a réussi à se coller de la peinture noire sur les joues, pour faire très guerriers et puis on est partis, pour voir si on pouvait finir et jusqu’où on pouvait aller.
On a commencé par grimper dans la boue, pendant je sais pas trop combien de distance parce que je suis plutôt nulle pour évaluer les distances, mais pendant disons suffisamment de temps pour que je perde ma basket dans la boue, puis que je perde du temps à la remettre, parce que si tu veux essayer de remettre une basket pleine de boue avec une chaussette pleine de boue, le tout avec les mains pleines de boue, en équilibre DANS LA BOUE, et bien tu verras que c’est à peu près aussi facile que de manger des betteraves sans vomir, tiens.
Après, on a continué sur une petite montée de 500 mètres en montée, alors comme c’était le début, on est tous partis très vite (et j’ai personnellement lâché un poumon dans l’histoire)(après je me suis dit que j’avais encore 7 kilomètres à faire de la même façon donc j’ai décidé de rester à une allure autre que celle du sprint), puis entre crapahutage dans les bois, et bains de boue, on a enchaîné les différents obstacles. On a soulevé des bonbonnes beaucoup trop lourdes pour être honnêtes, on a escaladé des murs avec des prises très légèrement glissantes (est-ce que je peux rappeler l’épisode boue qui précédait ça ?), on a porté des poids en haut d’une colline pour les redescendre ensuite, toujours avec de la boue et parfois un peu de neige d’ailleurs, on a sauté par dessus des bottes de foin ou franchi des murs, sans s’aider des barres sur le côté sinon il fallait faire 30 burpees sur le côté.

Évidemment aussi, il y a eu la corde, et j’ai très envie de vous raconter en détail cet obstacle, parce que je crois que c’est sans doute le truc qui va me faire sourire de fierté pendant quelques temps encore. J’étais pas très sûre de moi, devant la corde. J’étais pas fatiguée, j’étais bien, mais j’avais lâché tous mes partenaires et je courais seule, alors c’était un peu mon moment redouté. La technique, je la connaissais, P. m’avait bien montré et j’avais un peu pratiqué. Sauf que là, c’était haut, il faisait très chaud, j’avais soif, j’étais seule, bref, j’en menais pas large. Pour autant, appliquant la devise que j’avais entendue quelques jours plus tôt dans un reportage sur les commandos marines (parfois je regarde Pan Am, parfois je regarde des trucs de fou), devise qui dit « si tu abandonnes un jour, tu abandonneras toute ta vie », j’ai décidé que de toutes façons, j’allais y arriver parce que si j’y arrivais pas, je risquais de passer les prochains mois à me détester, d’une part (toujours dans la modération) et d’autre part, j’allais subir les mille moqueries des copains au boulot devant qui j’avais pas mal fanfaronné parce que « vous allez voir, guys, j’ai un gros cul, mais je suis vraiment forte ».

Alors voilà. J’ai commencé à grimper, j’ai vu que P. était là alors j’avais encore moins le droit de rater, alors j’ai fait comme si j’étais sûre de moi, je pense que j’ai grimacé autant que tout le reste de ma vie et j’ai sans doute réellement compris le sens du truc du dépassement de ses limites. J’ai tendu le bras pour toucher la petite cloche, j’ai vu que j’avais réussi, je me suis demandé comment j’allais faire pour redescendre, j’ai essayé de me souvenir des entraînements, mais ça a pas vraiment fonctionné alors j’ai fini les 3 derniers mètres en me laissant glisser comme une abrutie et en me brulant les mains au passage. Mais comme P. m’attendait un peu plus loin, je lui ai sauté dans les bras, je suis repartie vers les autres obstacles et j’ai, je suis obligée de l’avouer, lâcher deux ou trois larmes, parce que c’est vrai, quoi, à la fin, j’étais fière de moi.

Le reste de la course, je vous raconte pas en détail, mais sachez que grimper le Mont Tremblant, sans vraiment savoir où s’arrête la montée, c’est pas si facile, que je suis nulle au javelot mais que je brille au passage sous les barbelés, que j’arrive à sauter par dessus du feu avec grâce et élégance et qu’en revanche, la force dans les bras, c’est pas encore vraiment ça.

Mais vous savez quoi ? Quand j’ai passé la ligne d’arrivée, je m’en fichais un peu de tout ça. Je crois que le seul truc auquel j’avais envie de penser, c’était juste que pour une fois, j’étais très fière de moi, fière d’avoir fait un truc comme ça, parce que même si je suis très sportive il y a toujours une partie de moi je crois qui pense à cette période de « quand j’étais malade ». Et là, avec ma médaille et mon tee-shirt de finisher sur le dos, les copains (avec des bières) à côté, les baskets pleines de boue et les jambes lacérées, et un verre de smoothie à la fraise dans les mains, j’étais heureuse et fière d’être comme je suis maintenant, avec des tas de défauts, c’est un peu vrai mais avec cette qualité que j’estime par dessus tout de ne jamais rien lâcher.
Voilà.

10 Comments

  1. ll est beau ce billet Camille. Tu m’as mise les larmes aux yeux. Et tu peux être fière de toi vraiment. (Tu me donnerai presque envie de me lancer dans des idées un peu folles comme ça)

    Répondre

  2. Bravo Camille, tu peux être fière en effet 😉 Peut-être qu’un jour tu feras partie des doux dingues qui tentent la Barkley, qui sait?

    Répondre

  3. BRAVO ! « C’est à peu près aussi difficile que d’essayer de manger des betteraves sans vomir » <3 Tes billets sont toujours des perles, merci (et je ne suis qu'admiration) Et le Mont Tremblant <3 Jolis souvenirs que tu as rappelés là à sa seule évocation.
    Bises

    Répondre

  4. T’es complètement folle, you know that?! (Mais bravo, j’aurais pas tenu cinq minutes!)(Enfin, je ne me serais pas inscrite du tout..)

    Camille warrior <3

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>