Dans mon caractère de grande idéaliste et de douce rêveuse, j’attache une grande importance à dire merci et j’ai trop souvent l’impression que c’est quelque chose qu’on laisse tout doucement disparaître, un peu dans le même sac que les tartines de Nesquick et les mots dans l’agenda des copines.
Du plus loin que je m’en souvienne, mes parents ont toujours été très à cheval sur la politesse en général et sur le merci en particulier. Ils ont été à cheval sur un tas de trucs niveau éducation, d’ailleurs, mais je leur en veux pas trop, parce qu’ils sont très chouettes, même si je pense que je les détestais quand je ratais les vingt premières minutes de Blanche-Neige (le système de punition à la maison, c’étaient des minutes décomptées des dessins animés) (n’hésitez pas si vous êtes parents et que vous voulez des conseils sur les punitions très farfelues, je peux vous mettre en relation avec les miens).
Je me souviens d’une anecdote, je devais avoir 8 ou 9 ans, pas beaucoup plus, peut-être un peu moins. Une vendeuse m’avait offert un stylo (ne me demandez pas dans quelles circonstances une vendeuse de costards - c’était chez Celio - aurait pu avoir besoin de m’offrir un stylo, mais enfin, j’avais eu droit à un stylo), et quand j’étais petite, j’étais d’une timidité maladive. Quand je dis maladive, c’est vraiment maladive, il m’arrivait d’avoir peur de demander un verre d’eau à des adultes si je les connaissais pas assez. Bref, le stylo, et ma maman m’avait donc demandé de dire merci, puisque bon, forcément, quand quelqu’un vous offre un stylo, la moindre des choses, c’est de dire merci. Et, timidité maladive aidant (enfin, n’aidant pas en l’occurrence), je n’avais pas osé. Et ma maman, mortifiée, s’était excusée auprès de la vendeuse. Je ne me rappelle plus vraiment comment s’était terminé cette histoire, est-ce que j’avais eu droit à une engueulade, à des minutes en moins sur Blanche-Neige, ou autre chose, mais ce que je me rappelle en revanche très bien, c’est ne jamais avoir pu utiliser ce stylo sans un amer regret de ne pas avoir réussi à surmonter ma timidité pour dire merci.
Notez que 20 ans plus tard, cette histoire, que ma maman et la vendeuse de Celio ont probablement oubliée, me revient encore avec des détails assez précis. Je pourrais vous faire un croquis assez complet de la boutique et du stylo, qui était turquoise, qui écrivait en noir et qui avait une pointe épaisse, comme je les préfère maintenant.
Alors maintenant, je dis merci. Je dis merci à tout, parfois un peu trop, mais je ne crois pas qu’on puisse sincèrement dire trop merci et puis merci, c’est la chose la plus simple à dire, et qui fait du bien à entendre, même si c’est un merci en trop, ou à côté, ou maladroit, ou les trois à la fois. Je dis merci, même s’il n’y a que ça comme mot dans mon mail, même si ça me prend huit secondes en plus dans ma journée et je ronchonne quand en retour, je n’ai pas de merci, je dis parfois juste merci d’être là, merci d’exister dans ma vie, merci, et puis c’est tout, merci. Je fais des mercis avec beaucoup de i à la fin, des mercis en majuscules, des mercis-mercis-mercis, des mercis par milliers et des mercis qui brillent, des mercis à paillettes, des mercis à l’infini. J’aime bien, dire merci en grand.
Vous avez remarqué qu’on ne dit jamais un peu merci, seulement ? On dit merci en entier. Merci pour ça, merci pour toi, merci pour eux, merci d’être là, merci pour tout, merci pour rien. Merci tout court. Merci en entier. Le merci est jamais entamé, pas terminé, esquissé, coupé. Et c’est quelque chose de terriblement beau, je trouve.
C’est important, de dire merci, je crois, vous trouvez pas ? S’il vous plaît, dites merci, vous aussi.
(Et pour corroborer mes dires, la première carte de la nouvelle collection papermiint, ça a été cette carte pour dire merci pour tout, merci beaucoup, merci tout court.)


J’y attache une grande importance et je demande à mes enfants de systématiquement dire merci. C’est un petit mot qui veut dire beaucoup.
merci à toi aussi Camille pour ce joli billet tout doux 🙂
Oh je dis merci tout le temps aussi ! Je me sens moins seule, même quand une voiture me laisse passer en vélo alors que le feu est vert pour moi. Des fois je me demande si j’en fais pas trop mais je le fais pas exprès, j’aime dire merci, parce que ça mange pas de pain, parce que ça fait du bien aux gens la reconnaissance, et souvent ça veut dire : « merci d’être gentil », parce que j’aime les gens gentils et si il faut les encourager à être gentils, allons-y. J’aime aussi dire merci, parce que je considére que dans la vie, rien n’est dû, alors un merci fait pas de mal, puis ça ne coûte rien un merci. Et toujours avec le sourire. Je crois qu’un merci avec un sourire, ça peut même sauver une journée pourrie. En tout cas, j’aime ça, c’est comme si j’éparpillais des paillettes de bonheur et de reconnaissance partout autour de moi.
J’aime beaucoup ton billet, merci 🙂
C’est toujours un moment plaisir, ou prise de conscience, enfin quelque chose qui touche (souvent au coeur) de venir te lire. Merci Camille <3
Merci Camille, pour ces jolis mots à chaque fois. C’est toujours un plaisir de te lire. 🙂 #coeuraveclesdoigts
Je passe mon temps à dire merci aussi. Des fois ça fait rire mon copain, parce qu’il a pas du tout compris pourquoi j’ai dit merci. Par exemple il y a quelques jours il avait les mains prises, il m’a tendu un truc pour que je le prenne, et sans faire attention, j’ai dit merci. Ben oui, on me donnait truc, quoi.
Bref, je crois que ça sort tout seul en premier, comme mot.
Sinon je passe mon temps à m’excuser pour tout aussi, mais ça, il faut que j’arrête.
Je suis tout à fait d’accord avec toi Camille et je me retrouve beaucoup dans ce que tu dis. Depuis que je suis petite, remercier est très important pour moi. Des fois mêmes, je ne suis plus très sur d’avoir dit merci, alors je demande « est ce que je t’ai dit merci là, quand tu m’as prété ça ? ». Puis des fois ils viennent tout seuls, à la fin d’un message un peu long, à la fin d’une discussion, on dit merci.
Je ne sais pas si tu as vu, mais recemment j’ai écrit un billet sur mon blog pour dire merci justement… et mon petit doigt me dit qu’il est fort probable que tu sois citée dedans 😉
Je te fais des bisous.
Puis, merci pour les frissons au cour de la lecture de l’avant-dernier paragraphe ♡
Bien vu ce chouette article pour Thanksgiving 🙂 Je me suis reconnue dans la punition Blanche Neige, je crois que nos parents ont suivi les mêmes cours du soir de punition^^
Cela dit ça fonctionnait assez bien!
Et je valide ton article, pour les mercis mais pour tous les autres mots aussi, et surtout, qu’on dit trop peu, et qui pourtant changent une journée. « Je pense à toi ». « j’aime bien passer du temps avec toi ». « tu es une belle personne ». Toutes ces choses qu’on ne dit jamais parce que trop niaises, parce que pas le moment adéquat, parce que la pudeur. Et puis finalement comme toi, on finit par regretter amèrement!
A bientôt, je te souhaite un joli week-end:)
Merci pour ce joli texte ! 😉
Merci à toi de remettre les choses essentielles à l’ordre du jour 😉
Merci, Camille.
Sur ma route du retour, il y a un panneau qui affiche la vitesse à laquelle on roule. Si c’est excessif, la vitesse s’affiche en rouge, avec un petit message « attention! ». Sinon, c’est en vert, avec un gros « MERCI » qui s’allume. Je me rends compte que je roule toujours bien bien en dessous de la vitesse, et que je scrute avec attention le gros « merci » en vert, parce qu’après je suis très contente. Ma soeur dit que c’est que j’ai un gros besoin de gratitude, parce que prof, c’est un métier ingrat. C’est vrai des fois. Mais c’est une ingratitude que je pardonne à mes élèves parce que je les aime très fort. Et moi je leur dis souvent « merci », c’est important.
Peut-être qu’il faudrait imaginer des panneaux lumineux qui disent « MERCI », pas seulement pour la vitesse, pour tout, pour ce qu’on veut, parce que chaque jour, on aurait mille raisons de recevoir des « mercis ». Et d’en donner aussi.
Sinon, j’ai adoré ton histoire de dessin animé tronqué, c’est atroce. Alors moi, tu vois, un jour mes parents m’avaient conduite chez l’ophtalmologiste. C’était très loin, très compliqué, parce que mes yeux ont de gros problèmes, j’avais été opérée et tout ça. Je ne sais pas quel âge j’avais ce jour là, mais j’avais refusé de répondre. J’avais refusé de suivre des yeux la lumière de la dame, de dire si je voyais mieux ou moins bien, je n’avais rien dit du tout. Je ne m’en souviens absolument pas. Ma maman avait dû me ramener et programmer un nouveau rendez-vous, elle était drôlement énervée. Alors elle m’avait privée d’histoire du soir, parce qu’elle me lisait des histoires le soir, et là, pas d’histoire (mon dieu punition de tortionnaire). Bref, c’est loin de ton histoire de stylo, mais ça aurait totalement pu m’arriver. (Sauf que chez nous, il n’y avait pas de Célio, mais sinon oui.)