Le cambriolage.

Je me suis fait cambrioler cette semaine et vous savez, c’est très désarmant.

J’avais passé une jolie, jolie, jolie journée. Il pleuvait dehors, mais j’avais mes nouvelles bottines sublimes, deux ampoules au pied, mais c’était pas trop grave, je revenais d’une journée passée en compagnie de C., avec qui on avait enchainé les boutiques, un chouette bol vegan et Casse-Noisette. J’étais un peu pressée sur le chemin du retour, j’avais mon cours de yoga trente minutes plus tard et je voulais pas le rater, déjà que j’avais raté le cours du jeudi, j’avais besoin de retrouver mon tapis. Il fallait que je repasse chez moi chercher mes affaires et faire pipi, boire une gorgée d’eau et repartir vite, pour arriver avec mon quart d’heure d’avance réglementaire (je déteste arriver en catastrophe à un cours)(c’est mon côté première de la classe, ça).
J’avais mal aux pieds à cause des ampoules, alors je marchais pas très vite, mais j’en profitais pour regarder les petites lumières de Noël sur Mont-Royal, et puis franchement, c’était chouette et au pire, au pire, au pire, il y avait bien le cours d’après, alors c’était pas bien grave si je ratais le premier.

Quand j’ai ouvert la porte de chez moi, j’ai pas trop compris pourquoi la lumière de ma chambre était allumée, je ne l’allume jamais - le matin, j’aime bien être dans le noir pour boire mon café, mais je suis tellement tête-en-l’air ces derniers temps que bon, c’était possible, après tout, je me souvenais que j’avais hésité le matin, est-ce que je mets une chemise en jean, ou plutôt une à carreaux, alors j’avais peut-être allumé pour voir ma penderie ? Par contre, je comprenais pas ce que foutaient toutes les affaires de mon sac de sport par terre et tiens, mon sac de sport, il est où ? Il est rose fluo et en général, il se voit très bien.

Je pense que j’ai mis vraiment cinq minutes à capter ce qui s’était passé. D’ordinaire, mon appartement n’est pas exactement un modèle d’exposition et le rangement laisse un peu à désirer (en ce moment, j’ai vraiment pas le temps)(tous les soirs, je me lamente en rentrant parce qu’il faut que je range mes habits, mes papiers, mes courses ou tout ça à la fois)(et tous les soirs je vais me coucher en me disant que j’ai vraiment trop la flemme, mais tiens, je le ferai demain), capter que quelqu’un est venu mettre ses sales pattes au milieu de mes affaires bordéliques est donc pas forcément aisé. Mais quand même, quand j’ai vu mes petits sacs en papier de sous-vêtements (oui, mes culottes sont rangées dans un sac en papier au milieu du salon)(j’avais dit, il faut que je range) tous jetés à terre, j’ai compris qu’il y avait eu un truc chelou dans mon appart, là.

Bon, ma première réaction a été de vérifier que mon ordi était là - évidemment non, il n’était plus là, tu crois quoi mon enfant et juste après ça, j’ai fondu en larmes au milieu de mon salon. Je pense que j’ai été très ridicule, à sangloter comme une gamine, mais bon.

Et puis j’ai commencé à faire le tour, ma maman au bout du fil - pardon maman, de t’avoir réveillée pour ça et de t’avoir sans doute effrayée, je sais à quel point tu flippes quand on t’appelle tard - pour voir ce qu’il manquait. Un inventaire un peu pénible à faire, mon appareil photo, évidemment, les objectifs, évidemment. Le sac de sport, mes baskets de sport - flambant neuves, les cons. Et puis, et puis, et puis, mon disque dur, tout pourri, tout moisi, tout vieux, avec du masking tape qui s’effilochait tellement je le trimballais partout avec moi, normalement, mais qui contenait l’intégralité de mon travail depuis que j’ai commencé mes études. Tous mes rendus de projet d’archi, même les mauvais, même ceux dont j’ai honte mais que je garde quand même parce que c’est chouette de voir son évolution, tous les petits projets sur lesquels j’ai travaillé. Les trois guides de voyages qui étaient presque finis et que je voulais proposer à des éditeurs. Mes photos de vacances, l’Argentine, le Chili, Los Angeles, San Francisco. Et puis tout le travail de Candide, Candide, le premier vrai projet qui m’a portée-animée-passionnée pendant deux belles années avec M. Deux fois cent trente quatre pages et les nuits blanches pour les produire, parties en trente secondes, dans un sac de sport rose fluo, aux épaules d’un abruti qui se rend sans doute pas compte de la valeur de ce qu’il mettait dans le sac.

Un carré d’électronique dans un morceau de plastique jamais revendable, embarqué par des connards contre qui je peux même pas hurler ma rage.

C’est la première fois qu’un truc comme ça m’arrive, j’ai composé le 911, un peu tremblante et débité comme une machine au bout du fil ce qui s’était passé, mon adresse, mon nom, on vous envoie quelqu’un, ne vous inquiétez pas, ça va aller, m’a dit la dame de l’autre côté. J’en sais rien, pour ça, mais j’ai attendu quand même.

J’ai passé une demi-heure à pleurer sans trop m’arrêter, à essuyer le mascara qui coulait vraiment beaucoup, en réfléchissant à tout ce que j’avais perdu, vous savez, l’ordinateur, je m’en fiche, ça se rachète. Même si je suis pauvre en ce moment, je m’en fiche. L’appareil photo, je m’en fiche, il était bien, mais ça se rachète. Même si je suis pauvre en ce moment, je m’en fiche, vous savez, ça se rachète. Mes baskets de sport, bon, elles étaient vraiment cool, mais vous savez, je m’en fiche, ça se rachète.

Sept ans de travail, c’est un peu plus compliqué à racheter.

Vous savez, il y a trois ou quatre jours, je dessinais une nouvelle petite affiche pour PaperMiint, prendre la vie du côté paillettes. Je sais pas trop si c’est ça qu’on appelle l’ironie du sort, mais ça y ressemble un peu.

la vie cote paillettes

19 Comments

  1. Oh merde.

    Perdre du travail, perdre des images, perdre des souvenirs c’est horrible. Ca se reconstruit, mais c’est horrible.

    Plein de courage pour digérer ces disparitions.

    #Bisou

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  2. Camille, on ne connaît pas, mais je suis vraiment désolée pour toi…
    Il y a quelques années, un voleur a réussi à entrer dans l’appart où je vivais en colocation, en pleine nuit. On dormait tous, personne n’a rien entendu. Quand on s’est levés le lendemain, on ne s’est rendu compte de rien… Jusqu’au moment où je me suis exclamée « Tiens, c’est bizarre, je ne trouve pas mon ordi… Il était pourtant sur la table basse hier soir, c’est bizarre… » Vérifications faites, une de mes colocs qui avait trop chaud (Barcelone en plein mois de juillet, c’est terrible!) avait ouvert la fenêtre du salon vers 2h du matin et était partie se coucher. La police est venue, ils ont fait un relevé d’empreintes, oui oui un voleur a escaladé la façade de votre immeuble et a fait un petit tour par ici… Ironie du sort, c’était la première fois que je laissais mon ordinateur dans le salon la nuit (le « réglement intérieur » interdisait de laisser des objets personnels dans les zones communes mais j’avais fait une entorse à la règle, ¡mala suerte!), et c’est aussi le seul objet qui a été volé… Mon ordinateur portable n’a pas été une grande perte, mais j’ai pleuré pendant des jours sur ce qui avait disparu avec lui… Toutes les photos de mes années universitaires. J’ai eu du mal à en faire le deuil, d’autant plus que mon vieil ordi, avec son clavier azerty, n’avait aucune valeur marchande ou presque en Espagne.
    Tout cela pour te dire que je comprends ce que tu ressens et que je t’encourage à créer quelque chose là où s’est fait le vide. J’ai longtemps pensé à écrire sur les années correspondant aux photos volées pour compenser ma perte, mais je n’en ai eu ni le courage, ni la créativité… Toi tu peux le faire, tu peux donner une nouvelle forme à ce qui t’a été enlevé, par les mots et les dessins que tu sais si bien partager. Je t’embrasse et t’envoie plein de courage de Catalogne, où j’ai quand même réussi à prendre la vie du côté paillette par la suite 🙂

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  3. Je ne te connais pas non plus, même si je suis ton blog depuis des années, mais je compatis tres tres sincèrement à ce qui t’arrives. Ma plus grande peur est également de perdre mes précieuses photos, depuis 2007, stockées aussi sur un disque dur, planqué au fin fond de notre maison à chaque départ en vacances et à chaque absence… je te souhaite beaucoup de courage pour arriver à surmonter cette épreuve. Peut être peux tu récupérer des éléments via ta boîte mail ? Des vieilles clé usb qui traînent (j’avais récupéré qq trucs de mes années arts appliqués en retrouvant des clés oubliées) ? Ou un vieil ordi qui serait chez tes parents ? Et les impressions de tes projets ?
    Il n’y aura pas tout mais il y en aurait quand même. ..
    Et avec ton talent, ne pourrais tu pas ré dessiner des éléments de voyages ou des souvenirs ? 😉

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  4. Oh! Je suis vraiment navrée pour toi, je ne peux qu’imaginer la souffrance de l’amputation des souvenirs, du travail perdu. Je te souhaite beaucoup d’amitié, de reprendre vite des photos et de dessiner. Heureusement, on ne t’a pas volé ce que tu as dans la tête et dans le coeur, c’est ce qu’il y a de plus précieux… Je t’embrasse et te souhaite malgré tout un bon week end.

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  5. Je suis tellement triste pour toi,mais quel con ce voleur ! Il ne va rien en tirer de ce disque dur,c’est vrai que tout le reste c’est du matériel mais ça…. Je te fais un gros câlin virtuel mais sincère.

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  6. Quand il m’arrive un truc un peu pourri ou un peu dur ou un peu gris ou tout à la fois, je me dis que ça a un sens, que j’en tirerai quelque chose, que, quelque part, plus tard, je ne le regretterai pas, ça c’est parce que j’ai trop regardé La petite Maison dans la prairie quand j’étais petite. Mais quand il m’arrive un truc vraiment mais vraiment grave pourri qui ferait hurler sa race à Caroline, j’ai du mal, tu vois, à me dire tout ça, à te dire tout ça. Alors, je comprends, je compatis, même si tu t’en fiches sûrement, je crie que c’est des cons depuis l’autre côté de l’Atlantique (on ne sait jamais, le vent porte bien). Et puis, même si c’est maladroit, même si je ne suis pas absolument certaine que là maintenant tout de suite tu es prête à l’entendre, je le dis quand même : c’est pas grave, Camille. On s’en fout, c’est toi la paillette, ça personne ne le volera. La vie continue, tu feras des photos et des projets encore mieux pour te venger, et ce sera trop chouette, et la vie est belle. Bisous.

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  7. Difficile de trouver des mots qui réconfortent. Il va falloir du temps, des hugs et beaucoup de paillettes pour surmonter cela mais tu vas y arriver. Personne ne pourra jamais te voler tes souvenirs et ton talent…
    Loli raconte qu’elle s’est faite cambrioler à Barcelone, moi c’est lorsque j’étais en week-end là-bas, que des abrutis se sont introduit chez moi et ont emporté des choses qui ne se remplaceront jamais. Alors je te comprends que trop bien. Plein de hugs virtuels pour t’aider dans cette épreuve <3

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  8. Je ne sais pas bien quoi dire, à part écrire des inférieurs trois et te faire des câlins, et des bisous, parce qu’il en faut toujours et qu’il y en a jamais trop (surtout dans ces moments là). Te voir écrire sur ton cambriolage ici et sur les réseaux sociaux me serre le coeur toujours un peu plus, je ne sais pas si tu retrouveras ce que tu avais, mais tu les as en toi, alors peut-être que tu peux les refaire sortir tous ses souvenirs en les écrivant, les dessinant, les chantant (et peut-etre que M a les deux fois ces cent trente quatre pages) <3 <3

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  9. Chère Camille,
    Mon copain qui comme moi est photographe est un obsessionnel de la sauvegarde. Je me moque un peu de lui parce qu’il est un peu parano avec ça, mais en fait plusieurs occasions m’ont prouvé que son habitude de TOUT sauvegarder en plusieurs copies n’est pas si exagérée que ça du tout… En fait c’est plutôt moi qui suis inconsciente, alors c’est lui qui s’occupe de mettre à jour mes sauvegardes (j’en ai de la chance !) Paraît-il qu’on apprend aux informaticiens une certaine règle des « trois S » je crois, enfin je sais plus, mais bon le principe c’est qu’il faut tout sauvegarder 3 fois. Ça peut être long, c’est couteux, mais y a pas vraiment le choix en fait… On me racontait aussi que dans un cabinet d’architectes à Mexico, comme ils ont un tel flippe et une telle habitude des cambriolages, tous les soirs avant de quitter leur boulot, ils sauvegardent tout leur travail de la journée, et qu’ils planquent les sauvegardes dans des coffres… Bref, dis-toi que tu n’es vraiment pas la seule (je sais, ça réconforte pas beaucoup) et puis qu’à partir de maintenant, tout sera verrouiller trois fois (je parle des sauvegardes, parce qu’une porte et des serrures, j’y crois pas, un cambrioleur pourra toujours passer outre s’il est bien motivé, on est jamais vraiment à l’abris). Et pourquoi pas avoir un disque dur de sauvegarde qui sert qu’à ça, bien en sécurité, chez tes parents ? Ou un coffre dans une banque, paraît que ça coute pas trop cher, je connais plusieurs photographes qui mettent leur boites de négatifs et disque dur en banque… Parce que vraiment, que ce soit le cambriolage, le plantage informatique sur du matériel neuf (c’est arrivé à mon copain) ça peut arriver à vraiment tout le monde…
    Je te souhaite gros courage, moult force et impétueuse vaillance!
    Tu es jeune, tu t’en remettras, si, et tu créeras encore (avec trois sauvegardes dont une pas chez toi!)
    Bises.

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  10. Mais merde putain !!!!! (Je suis vulgaire et je le vis bien !) Une grosse pensée réconfortante avec câlin virtuel… 🙁

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  11. a défaut de mieux, pleins de coeurs virtuels et juste pour te dire que j’aime beaucoup cette phrase « prendre la vie côté paillette »

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  12. Quand il m’arrive un truc un peu pourri ou un peu dur ou un peu gris ou tout à la fois, je me dis que ça a un sens, que j’en tirerai quelque chose, que, quelque part, plus tard, je ne le regretterai pas, ça c’est parce que j’ai trop regardé La petite Maison dans la prairie quand j’étais petite. Mais quand il m’arrive un truc vraiment mais vraiment grave pourri qui ferait hurler sa race à Caroline, j’ai du mal, tu vois, à me dire tout ça, à te dire tout ça. Alors, je comprends, je compatis, même si tu t’en fiches sûrement, je crie que c’est des cons depuis l’autre côté de l’Atlantique (on ne sait jamais, le vent porte bien). Et puis, même si c’est maladroit, même si je ne suis pas absolument certaine que là maintenant tout de suite tu es prête à l’entendre, je le dis quand même : c’est pas grave, Camille. On s’en fout, c’est toi la paillette, ça personne ne le volera. La vie continue, tu feras des photos et des projets encore mieux pour te venger, et ce sera trop chouette, et la vie est belle. Bisous.

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  13. Il y a quelques années alors que j’étais au début de ma deuxième année de master, mon appartement a été visité alors que j’étais partie à la danse. Bilan ma TV et mon ordi m’ont été volés et …. toutes mes photos de ma période en fac et surtout tout mon travail de recherche de première année … Ça a été dur de passer au dessus mais avec le temps et puis n’y pouvant rien … les paillettes de la vie ont recommencé à briller.

    Bon courage, bonne sauvegarde, passez de bonnes fêtes malgré tout !!!

    Des bises de Méditerranée !

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  14. Oh mon Dieu je suis vraiment désolée pour toi ça doit être horrible de se faire voler ses souvenirs. Parce que c’est ça qui fait mal, des inconnus t’ont enlevé ton passé, ton évolution et tes souvenirs. Je suis de tout coeur avec toi <3

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