T’sais quoi ? Je me disais la dernière fois qu’on devrait tous avoir la possibilité d’essyer de faire plein d’études différentes avant de choisir son travail. C’est parti d’une discussion sur twitter avec Miss Blemish (dont le blog est une jolie pépite de textes sincères et touchants)(et de recettes de gaufres aussi), je lui disais que jusqu’à mes 18 ans, je rêvais d’être neurochirurgien.
Je vous ai dit que j’ai recommencé Grey’s Anatomy, hein, je vous l’ai dit, ça ?
Bref. Le fait est que jusqu’à ce mois de mars 2005 (j’ai eu mon bac il y a 10 ans, j’ai vraiment envie de raturer tous les calendriers quand je pense à ça)(DIX ANS PUTAIN), mars 2005 donc où j’ai accompagné J. passer le concours d’entrée à l’École Nationale d’Architecture, je voulais être neurochir. J’en démordais pas, c’était ça que je voulais, je me voyais déjà en blouse blanche et pyjama de chirurgien. J’avais tout prévu, j’avais fait des stages dans des hôpitaux en seconde (pas vraiment dans la spécialité que je voulais, mais bon, j’étais en hôpital alors c’était cool)(j’avais détesté, pour être tout à fait honnête) et j’avais déjà accepté le fait de ne pas avoir de vie sociale pendant les premières années de mes études. Je le vivais bien et j’étais assez sûre de moi.
Très honnêtement, je ne sais pas pourquoi j’ai accompagné J. à l’ENS ce jour-là et à chaque fois que j’y pense, j’arrive juste à y voir un vrai signe du destin, c’est pas possible de ne pas se rappeler d’une vraie raison comme ça, si ce n’est juste que c’était ça qu’il fallait. J’ai toujours été pas mal certaine du fait que y’a certains trucs dans la vie qui arrivent juste parce que « it was meant to be » (ça sonne mieux en anglais, pardon) et ce jour-là, ça a été le plus grand.
Comme j’accompagnais J., je me suis dit que tant qu’à faire, bah j’allais m’y inscrire aussi, on sait jamais, hein. En tous cas, c’est comme ça que ça s’est passé dans ma tête, peut-être que mes parents y étaient pour quelque chose, je sais pas trop. Je me souviens juste du fait que j’ai finalement décidé d’y aller aussi. Ce jour-là, j’ai envoyé mes dossiers et j’ai été admissible pour l’oral.
Le jour de l’oral, j’avais mon pantalon noir Kanabeach, un pantalon que j’adorais, mon préféré, j’avais mis une marinière et on était parties à Talence comme des grandes, pour aller parler à des profs et leur dire pourquoi on était super faites pour ce travail. Moi j’en savais strictement rien, je voulais être neurochir, pas archi. Mais j’ai assisté à la conférence, le prof parlait de Jean Nouvel, j’avais aucune idée de qui il était et je me suis dit que j’aurais peut-être mieux fait de me préparer un peu mieux. À la pause, on s’était assises dans l’herbe, juste devant l’amphi et c’était pas mal imaginées étudier là un jour.
Je vous le dis tout de suite, j’ai pas été prise, hein. Je pense que les gars se sont rendu compte que je savais pas trop ce que je venais foutre ici. Je pense aussi qu’ils ont vu que j’étais pas la fille la plus en santé du monde (mars 2005, 3 mois avant mon hospitalisation). Bref, j’ai pas été prise, après mon bac, j’ai passé des mois à l’hôpital dans une chambre isolée, alors toutes façons, neurochir ou archi, c’était pas le problème.
Mais quand je suis sortie de l’hôpital, je ne sais pas si c’est que j’avais été vaccinée de l’univers des blouses blanches, ou si j’avais juste envie de vivre une vie tout de suite, pas dans 10 ans, quand j’aurais fini mes études, ou si j’avais eu une épiphanie pendant les nombreuses heures passés juste à réfléchir sur le sens de la vie, entre la kiné et la diététicienne, j’en sais rien. Je sais toujours pas ce qui s’est passé dans ma tête, mais j’ai repris mes candidatures pour les écoles d’archi. Clermont-Ferrand, Lyon, Montpellier, Lille, Bordeaux, Nantes, j’ai postulé à presque tout, sauf Paris, je voulais pas aller à Paris, ça va pas ? Pendant que je faisais mon tour de France des admissibilités, je me demandais un peu, dans un coin de ma tête, pourquoi j’étais là, et qu’est ce que j’allais bien pouvoir répondre à la question « mais qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir archi ? ».
L’envie d’être chirurgien était plus si présente, mais quand même, j’arrivais pas à comprendre pourquoi j’avais brusquement changé mes plans. J’adorais construire des maisons dans les Sims et oui, effectivement, j’étais de celles qui gribouillaient toujours sur un coin de leur cahier, mais ça s’arrêtait là, j’étais pas une geek du crayon à papier, je dessinais même pas si bien et j’y pensais pas plus que ça. C’était pas vraiment une vocation et j’allais devoir faire comme si, devant des membres du jury.
J’ai arrêté de me poser la question un mercredi matin, devant l’écran d’ordinateur de la Bibliothèque de Mériadeck. J’avais pas Internet chez moi à l’époque (salut, j’ai plus de 20 ans, ça se voit ?) alors j’étais allée consulter mes résultats là bas, j’avais même pas pris la peine de monter dans les salles de lectures, je m’étais arrêtée à la borne de recherches de l’entrée. Je voulais savoir vite. Je voulais Lyon, j’avais déjà été prise dans 3 ou 4 écoles - pas celle de Bordeaux qui m’avait encore recalée, les cons - mais je voulais Lyon très très fort. J’ai été admise. J’ai fait ma rentrée 4 mois plus tard. Je suis restée 2 ans dans cette école, le temps de me rendre que pas plus que chirurgien, je voulais pas être architecte.
C’était pas trop pour vous raconter toute ma vie d’étudiante, ni mes errances dans la vie professionnelle, mais je me pose encore la question aujourd’hui. Je ne sais pas ce qui m’a finalement fait comprendre que j’étais pas vraiment faite pour être chirurgien et je ne sais pas pourquoi j’ai décidé de partir en archi à la place. Mais je trouve ça plutôt dingue, qu’une décision dont je ne me souvienne pas ait décidé de ce que j’allais faire quand je serai grande.
Et vous ? Vous vouliez être quoi, avant ?
(J’aime bien les photos de ces crayons à papier. Ils m’ont accompagnées pendant toute ma dernière année d’études, offerts par ma cousine à San Francisco pour mon anniversaire. Je ne les ai utilisés que pour mes croquis de PFE et je les ai gardés en souvenir.)(Vous venez de lire que j’ai gardé 4 restes de crayon à papier en souvenir, oui.)


41 commentaires sur “Tu seras quoi, quand tu seras grande, dis ?”