La dernière fois, je me suis retrouvée ben ben stupide, en rentrant chez moi à 18h30, après une séance d’ostéo en urgence, parce qu’une fois de plus, je m’étais bloqué le cou. Ça faisait bien des années que j’avais pas eu de problèmes de torticolis à répétition (aparté, parce que torticolis est vraiment un joli mot, je l’aurais bien vu à la place d’un mot banal comme manège par exemple, tu vois, aller faire du torticolis, ça sonne bien mieux que aller faire du manège je trouve)(on pourrait tout aussi bien dire, oh la la, j’ai ce manège depuis hier soir, j’ai dû dormir n’importe comment sur mes épaules)(ça changerait pas grand chose, mais au moins, torticolis ne serait pas gâché pour un truc qui fait TELLEMENT MAL SA RACE PUTAIN).
Enfin. Je rentrais chez moi à 18h30 et je me suis retrouvée toute bête, parce que finalement, rentrer chez moi à 18h, ça m’arrive environ jamais, je vais tous les soirs à la salle de sport ou au yoga ou au dodgeball ou boire des verres, alors je savais pas trop quoi faire de ce qui me restait de journée, sachant que j’étais quand même un peu dans l’état second d’après ostéo, que j’avais pas fini mon livre mais que je voulais pas tout de suite le finir, parce que sinon ça voulait dire que j’avais plus le plaisir de dévorer les mots (je suis en train de lire The Fault in Our Stars, de John Green)(après avoir vu le film deux fois)(le livre est un petit bijou et je bénis chaque jour un peu plus le Ciel - et surtout le bilinguisme de Montréal - qui me permet enfin de lire des livres en anglais et de tout comprendre et même de rire aux blagues et aux jeux de mots, tu vois)(alors oui, non, c’est pas du Emily Bronte, mais enfin, tout le monde a commencé à lire avec Petit Ours Brun, laissez moi faire pareil).
J’avais donc pas envie de lire, mon appart était dans un état pas vraiment extraordinaire, mais tsé, franchement, j’ai un torticolis, alors j’ai vraiment pas envie de ranger cette pile de papiers qui effectivement attendent justement un jour où je rentre du travail à 18h, sans être allée au sport ou sans être allée boire des verres (je sais bien que la première proposition est plus plausible) et où j’ai encore un peu de temps avant de décider si je mange de la ratatouille ou des topinambours rôtis. Je me suis demandé comment ça se faisait aussi, d’être un peu paniquée à l’idée de rentrer chez soi si tôt, d’avoir un peu peur de pas savoir comment remplir les heures jusqu’au lendemain, jusqu’au travail et puis je me suis aussi demandé à quel moment dans ma vie, travailler était devenu ce qui remplissait 80 % de mon temps, le reste étant consacré au sport (15 %) et à mettre au point des nouvelles recettes de pancakes à la patate douce (faites le calcul pour le pourcentage, mais c’est vraiment pas compliqué). Je me suis demandé pourquoi j’avais pas passé plus de nuits blanches pendant mes études à sortir plutôt que les passer accroupie par terre en train de coller-décoller-recoller-crier-décoller-recoller des morceaux de carton plume et aussi, pourquoi je savais pas dire je t’aime, tu m’énerves ou j’ai envie de toi.
Je me suis demandé aussi pourquoi il y avait des gens solitaires, que ça gênait pas pantoute (je crois que c’est la première fois que j’arrive à placer cette expression quelque part)(ça fait un peu trop, hein, je sais)(je le referai plus, j’avais juste envie d’essayer voir comment ça sonnait)(ça sonne beaucoup mieux quand c’est les copains québécois qui le disent)(moi ça fait juste bizarre) de rester seuls, et pourquoi y’avait des gens qui étaient pas vraiment capable de rester dans une pièce sans avoir personne à qui parler pendant plus de 10 minutes. Je me suis bien entendu aussi demandé pourquoi il y a autant de garçons qui mettent des photos avec des tigres sur Tinder, pourquoi aussi les iMac sont si chers, alors que franchement, merde, j’en veux un, pourquoi aussi j’avais jamais pris un A380 alors que y’a plein de gens autour de moi, même des gens qui ont peur en avion ou qui s’en fichent un peu d’être dans un 777 ou dans un A319, qui l’avaient pris, pourquoi les ongles des mains poussent moins vite que les ongles des orteils alors qu’on s’en fout un peu plus, pourquoi je réussis moins bien mon houmous en ce moment, pourquoi je repousse toujours le moment d’aller faire mes lessives (en fait, non, là, je connais la réponse, c’est juste que même si ça fait les mains toutes douces après, c’est vraiment très insupportable de faire ses lessives) et pourquoi mes convictions sont beaucoup trop souvent balayées par une impulsivité qui, avant, prenait rarement le pas sur ma volonté.
Aussi, pourquoi les asperges et le choux fleur puent autant alors que c’est si bon, et tiens, qui a un jour décidé de manger des artichauts, alors que quand même, avec tout ce foin autour, on aurait aussi pu dire que c’était un truc à laisser faner sur le rebord de la fenêtre (j’ai le même questionnement avec les oignons, je ne comprends pas comment la première personne qui en a épluché un, après avoir pleuré toutes les larmes de son corps, l’a quand même jeté dans une poêle avec un peu d’huile d’olive, la fait revenir avec du sirop d’érable et du cumin et l’a doucement laissé fondre comme ça)(je viens de vous donner la meilleure recette d’oignons caramélisés, là).
J’ai donc passé la soirée à me questionner sur des choses importantes de la vie, qu’on prend finalement jamais le temps d’approfondir (je veux dire, quand on a 6 ans, on demande comment on fait les bébés, mais jamais pourquoi les garçons sont aussi nuls pour capter les sous-entendus)(on devrait commencer par là, pourtant) et comme ça, pof, il était 20h30, l’heure d’avoir le droit de se mettre en pyjama sans être socialement considéré comme quelqu’un qui aime beaucoup trop passer sa journée en pyjama.
Et vous, c’est quoi vos grandes questions de la vie ?
La photo, c’est un un projet bien bien chouette que j’ai rendu il y a pas très longtemps, je vais vous raconter bientôt - quand j’aurais trouvé le temps de rentrer chez moi sans trop réfléchir à la vie.

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