On est partis en week end au chalet. Le week end au chalet, ça se classe assez haut sur l’échelle de la perfection et du bonheur, pas loin des tartines d’avocat et des chansons d’Ariane Moffatt, alors quand il y a des tartines d’avocat et des chansons d’Ariane Moffatt pendant un week end au chalet, c’est difficile de rivaliser avec ça et de rentrer le dimanche autrement qu’heureux.
On avait organisé ça très rapidement et efficacement. Le programme était somme toute plutôt basique, il nous fallait de quoi manger, de quoi faire des mojitos et de quoi faire des tas de jeux autour de la grande table, celle des jolis jours.
Le vendredi soir, le sac avait été bouclé à la hâte, j’espère que j’oublie pas mon pyjama, j’oublie toujours mon pyjama dans ce genre de week end et dans un sac de week end, il y a rarement un substitut de dernière minute au pyjama (je veux dire, dans une valise normale, il y a toujours les dix sept tee-shirts du au cas où qui peuvent toujours faire office de pyjama)(dans un sac de week end, le au cas où, c’est juste la bouteille de rhum supplémentaire, au cas où on boive trop vite la première), et on était partis, en riant déjà beaucoup. On s’est arrêtés faire les dernières courses, il manquait les chips de l’apéro et le Perrier, pour le mojito. Et les patates, vous avez pensé aux patates ? On avait oublié les patates. On avait prévu une raclette, et on allait presque finalement oublier les patates, à force de parler des patates.
Quand on est arrivés, il y a eu ce moment de flottement, tu sais, celui où on dépose les sacs, on se déchausse à la hâte, on va visiter, on choisit la chambre, on se bouscule un peu, si on osait, on sauterait sur les lits, parce qu’on a toujours 8 ans, quand on arrive au chalet. On déballe les tomates cerise et le guacamole, on fait griller du pain, on goûte les olives, on débouche la première bouteille, la première bière, le premier Coca et on s’enferme dans cette petite bulle qu’on voudrait bien ne jamais quitter.
Il y aura eu des débats enflammés, ceux qu’on commence sur une question banale et qui enchaînent sur le reste, quelques chamallows grillés, un footing au petit matin, encore un peu engourdis et endormis, mais qui réveille comme il faut pour le reste de la journée, un brunch mélangeant le café, le granola, le fromage et le vin, une longue balade dans la foret, de la neige jusqu’au genou si on fait pas attention, un ciel bleu et infini comme on en voit pas si souvent, avec le soleil qui pique les yeux en se reflétant un peu fort sur la neige, des traces de lapin, de lièvre ou de biche, finalement on ne sait pas trop, puis le retour au chalet, silencieux comme pour mieux savourer ce shot de vitamine D et d’air frais qu’on a respiré. Et puis c’est déjà l’heure de l’apéro, on ne pense qu’à manger et à boire de toutes façons, alors déjà, on sort le Jenga (c’est comme ça qu’on aura joué les vaisselles à faire) et on décide de mettre des tomates dans le guacamole, on en profite pour expliquer pourquoi il faut laisser les noyaux d’avocat (ça empêche de noircir, non je ne sais pas si c’est vraiment vrai, mais c’est comme ça que j’ai toujours fait), on coupe le fromage pour la raclette et finalement quand on s’installe, il est déjà onze heures, on a déjà plus vraiment faim, mais c’est pas trop grave, on a déjà mis des tranches de fromage à chauffer.
Il y aurait bien d’autres petits trucs à raconter, oh, oui, mais on a fini par décider que ce qui se passait au chalet restait au chalet. Alors une fois n’est pas coutume, ce sera plutôt des photos à la place des mots. Moi ça m’arrange, en ce moment, les mots sortent pas si facilement.
Et puis c’est finalement bien compliqué, de raconter l’amitié.

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