Voilà, alors lundi, j’ai eu 28 ans. C’est pas vraiment une introduction faite exprès pour que vous me souhaitiez un tas de bonnes choses (vous pouvez quand même le faire, évidemment)(si vous souhaitez aussi avoir le lien de ma wishlist sur Etsy, n’hésitez pas, elle est prête, on sait jamais)(j’ai également besoin de nouvelles Van’s, celles avec Ariel dessus), c’est surtout que j’ai eu un tas de pensées pendant cette journée, et que, comme mon journal intime, celui qui fermait avec un cadenas et sur lequel j’écrivais avec mes stylos à paillettes, quand ils voulaient bien fonctionner (c’est à dire rarement, parce qu’on les laissait toujours tête en haut dans le pot à crayons), ce journal intime, donc, ça fait longtemps qu’il existe plus vraiment et que je considère ce blog comme une extension de celui-ci, donc, euh, bon, voilà.
Je vous épargne quand même un tas de bêtises que j’aurais pu écrire dans le-dit carnet, réjouissez-vous de ça.
Lundi matin, quand je me suis réveillée, avant même d’aller faire pipi, ou de consulter mes messages - vivre en décalage de 6 heures après aide à se réveiller avec des tas de messages le jour de son anniversaire - la première chose qui m’a traversée l’esprit, ça a été de me rendre compte que 10 ans avaient passé.
Vous savez, mes 18 ans, je les ai fêtés toute seule à l’hôpital, dans ma petite chambre bleue, avec un plateau-repas que j’étais forcée de terminer, un Candy Up à la vanille, comme tous les jours pour le goûter, comme seul truc festif. J’avais pas forcément la tête à fêter quoi que ce soit et encore moins à manger du pie au citron comme d’habitude, remarquez, mais je me souviens bien quand même avoir passé ma journée à pleurer, parce que même quand on est anorexique, on se rend compte que fêter sa majorité entourée d’infirmières psy, c’est pas forcément le rêve de tout le monde. Cet anniversaire est devenu un petit peu ma date repère, c’est mon avant, c’est mon après.
Lundi matin, en repensant à ça, en repensant aussi à tout ce que j’avais vécu depuis cet anniversaire un peu triste, j’ai souri grand comme ça et j’étais prête à attaquer la journée, la semaine, le mois, l’année, avec ce même sourire et cette même énergie. Depuis cette année-là, j’essaie de me rappeler à moi-même que je me dois ces années un peu gaspillées.
J’ai lu mes messages, celui de mon papa qui, lui aussi se souvient bien de mes 18 ans et qui me rappelle combien il est fier de moi et de la personne que je deviens. Ma maman m’envoyait une photo de ma petite nièce adorée pour me souhaiter ma fête, je t’appelle plus tard elle a dit et elle a rappelé plus tard, bien sûr. Ma petite sœur avait publié une photo d’elle et moi gamines, avec un short à fleurs que je voudrais bien reporter aujourd’hui et mon frère, d’habitude peu bavard, m’a chanté un joyeux anniversaire avec sa fille - qui elle, ne chante pas, évidemment.
Il y avait C., qui a utilisé chaque espace de l’internet mondial pour m’envoyer ses vœux, il y a eu après, tout au long de la journée, les messages qu’on attend, ma grand-mère, avec ses long mails pleins d’histoires farfelues, les amis proches, qui appellent - enfin, qui essaient, parce que même le jour de mon anniversaire, même à 28 ans, je suis toujours pas très à l’aise au téléphone. Il y a le mail de ma cousine adorée, on s’envoie deux mails par an : pour mon anniversaire et pour le sien et c’est comme ça et celui d’une de mes tantes, la seule qui, depuis qu’on est en âge de lire, a envoyé scrupuleusement à chacun de ses neveux et nièces des cartes d’anniversaires, calculant pour que la carte arrive le jour J.
Il y a aussi les traditionnels messages sur Facebook, constitués toujours de quelques messages de personnes qui ne se manifestent qu’une fois par année, et pour lesquels on ne se manifeste qu’une fois par année - pour peu que la date d’anniversaire soit spécifiée sur le réseau social.
Je les aime bien, ces messages. Parce que j’ai beaucoup déménagé dans ma jeunesse (j’ai le droit de dire ça, maintenant ?), j’ai laissé des amis aux quatre coins du monde (c’est pas exactement vrai, mais j’aime bien cette expression) et que oui, j’aime profondément avoir ce petit message, même s’il n’est là que parce que Facebook lui a rappelé, on s’en fiche un peu, après tout. On en profite pour échanger quelques phrases, savoir si tout va bien, oui c’est rapide et oui c’est peut-être un peu en surface, mais est-ce qu’il existe une échelle de valeur de l’amitié qui se mesurerait en interactions sur Facebook, je ne crois pas.
Et puis, et puis, et puis, il y a eu ces mails reçu de vous. Oh, oui je sais que ça va sonner comme un truc très licorne-cucul-paillette, mais vous savez, ouvrir un courrier de quelqu’un que vous ne connaissez pas et qui vous souhaite le meilleur des choses, aussi sincèrement que vos amis, ça fait faire des petits bonds et ça donne à réflechir un petit peu. Parce que s’imaginer que chaque jour, des inconnus apprennent à nous connaître à travers ces quelques mots qu’on pose derrière un écran, c’est un truc flou, qu’on peut pas bien saisir. Alors pour vos mails qui m’ont émue aux larmes, merci.
Vous savez, j’aime pas tant ça, fêter mon anniversaire. Je veux dire, je n’aime pas trop le fêter le jour J. Je sais pas si c’est une histoire d’âge, de pas envie de compter, de pas très envie d’être au centre de l’attention, je sais pas trop, mais mon anniversaire, je suis toujours très mal à l’aise avec l’idée de le fêter. Je crois que je n’aime pas beaucoup l’idée d’exiger de mes amis qu’on se réunisse pour me célébrer moi. Alors j’ai laissé filer le temps, j’ai dit que oui, on ferait un truc, mais pas aujourd’hui, s’il vous plait, aujourd’hui, je m’en sens pas capable, je préfère être toute seule et prendre le temps rien que pour moi, égoïstement.
J’ai passé ma journée à repeindre mon appart - le premier lundi du mois de septembre étant férié au Québec, je me suis octroyé le luxe ultime de prendre ce jour férié comme tel et de ne pas mettre les pieds au bureau. J’en ai profité pour réfléchir, beaucoup, beaucoup. Vous savez, quand on fait un geste répétitif et chiant (c’est vraiment terriblement long de repeindre un appartement, à plus forte raison quand la couleur de base est un caca d’oie très foncé et extrêmement laid et qu’on veut tout rendre blanc), on peut facilement réfléchir, et finalement, ça arrive pas souvent, de passer une journée entière toute seule, comme ça. Je me disais que cette année avait été bien compliquée à gérer émotionnellement parlant, qu’il y avait eu des joies immenses et des douleurs qui restent là, juste là et qui, je le sais, partiront pas. Qu’il y avait eu des décisions compliquées, et vous savez bien à quel point les décisions qui impliquent un réel engagement sont une torture pour moi. Qu’il avait fallu choisir entre je reste ou je pars et que ça m’avait valu des mois d’insomnies. Qu’il y avait eu bien trop peu de voyages aussi, et peut-être un peu trop de travail, comme chaque année. Qu’il y avait quand même eu un lâcher prise qui me fait du bien, si vous saviez comme ça fait du bien, parfois, d’oublier d’être perfectionniste. Qu’il y avait eu une avancée tellement énorme dans ma façon de voir les choses, d’aborder la vie et que j’étais capable de savoir ce vers quoi je veux aller. Que non, j’ai toujours pas perdu les 8kilos que je veux perdre mais que je fais des courses de 8h sous les barbelés et des semi-marathons dans l’hiver québecois sans problème alors vous savez, peut-être que mon gros cul, il est là pour ça et tant mieux comme ça.
Et puis, bien sûr, je me disais aussi qu’il y avait eu ces amis, là, là, toujours.
J’ai donc passé la journée à repeindre et à réfléchir, à jurer parce que je faisais tomber de la peinture partout, à me souvenir, à parfois éclater de rire toute seule, à sentir aussi les larmes parfois et quand même, tout le temps, à sourire.
Et à savoir aussi : elles vont être chouettes, les prochaines années.

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